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Conférence : Le Sahara, « une question d’existence »

17 Nov 2025
Actualités, Culture

À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de la Marche Verte, le chercheur et académicien Rahal Boubrik a livré quelques clés de lecture sur le Sahara, un territoire au cœur de l’unité et de l’identité marocaine.  

À l’invitation de Rajae Benchaji, consule générale du Maroc à Orléans et de Pierre-Frédéric Billet, maire de Dreux, Rahal Boubrik, directeur de l’Institut Royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc a offert une conférence, mercredi 12 novembre, à la Maison Proximum Dunant-Kennedy. Rahal Boubrik, s’appuyant sur son ouvrage La question du Sahara, aux origines d’une invention coloniale 1884-1975, a proposé un regard éclairant sur les origines historiques de cette région et la place qu’elle occupe aujourd’hui. L’occasion pour ce spécialiste de démontrer la légitimité marocaine du Sahara.  

Mémoire. Quelle place la Marche Verte occupe-t-elle aujourd’hui dans la mémoire collective marocaine, et notamment auprès des jeunes générations ?   

La génération qui a participé à la Marche Verte a aujourd’hui plus de 70 ans. Nous travaillons maintenant pour transmettre cet héritage aux jeunes, notamment à travers les festivités qui étaient organisées cette année par des établissements, organismes ou associations. Ces manifestations permettent de raviver la mémoire de cette épopée nationale qui a 50 ans, mais qui comme la question du Sahara, est toujours d’actualité. Chaque année, le 6 novembre, on célèbre la fête de la Marche Verte au Maroc. Dans de nombreuses villes, un quartier porte le nom de Hay Al Massira, rappelant ainsi cet événement majeur. Cette toponymie, présente également dans les établissements scolaires et d’autres lieux publics, contribue à maintenir vivante la mémoire de la Marche Verte dans le quotidien des Marocains.  

International. Que change, selon vous, le positionnement de l’ONU dans la lecture du dossier du Sahara ?  

En 1960, la résolution 1514 a été adoptée et reconnaît aux colonisés le droit à l’autodétermination*. À cette époque, le Sahara était encore sous domination espagnole. La résolution précise également que ce droit ne doit pas entrer en contradiction avec l’unité d’une nation. La résolution 1541, adoptée la même année, souligne que l’autodétermination ne signifie pas forcément l’indépendance. Elle peut se traduire par l’intégration dans un État souverain, comme c’est le cas pour le Sahara. En 1964, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a adopté le principe du respect des frontières héritées de la colonisation et de leur intangibilité. Ce choix a contribué à maintenir certaines régions sous domination étrangère. Ces frontières, bien que souvent artificielles, devaient être respectées, soulignant le caractère essentiellement colonial et artificiel de cette problématique. L’ONU n’a pas réellement contribué à résoudre cette question et n’a pas tranché de manière décisive jusqu’à présent. Cependant, la dernière résolution 2797, le 31 octobre à New York, a reconnu l’autonomie comme une solution légitime pour régler ce problème. Le Sahara n’est pas seulement une question d’intégrité territoriale, mais une question d’existence. C’est notre force, c’est ça l’unité nationale, c’est pourquoi Sa Majesté Mohamed VI a décrété mardi 4 novembre, le 31 octobre comme fête nationale.  

Histoire et culture. Le Sahara est souvent abordé sous un angle politique ou diplomatique. Quelles dimensions humaines, culturelles ou spirituelles de cette région gagneraient, selon vous, à être mieux connues ou mises en valeur ?  

Cette question politique a souvent occulté la dimension spirituelle et humaine du Sahara. Ce désert est comme un océan, unissant les peuples. C’était un pont entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Les caravanes ne transportaient pas seulement des marchandises, elles favorisaient aussi des échanges humains et culturels entre les différentes composantes du continent africain. Le Sahara jouait toujours un rôle important dans ces liens, non seulement entre le nord et le sud de l’Afrique mais aussi entre le continent africain et la rive sud de la Méditerranée. Le Sahara a toujours été une source d’inspiration pour les poètes et toutes les personnes qui cherchaient la spiritualité. Le Sahara ne doit pas être abordé uniquement à travers les conflits, mais au nom de la paix et de la sérénité.  

Recherche et transmission. Quel rôle la recherche historique peut-elle jouer dans la transmission de la mémoire nationale et dans la compréhension de ce dossier complexe ?  

Le Maroc est un État millénaire, issu de siècles de construction politique, mais déjà précédé par de petits États. La Cour internationale de justice de La Haye, dans son avis du 16 octobre 1975, a reconnu les liens historiques d’allégeance entre les tribus du Sahara et les sultans et rois du Maroc sur la base du document historique qui lui a été présenté. L’histoire, c’est donc l’un de nos points forts. Nos adversaires évoquent souvent des résolutions de l’ONU qui datent de 1960, mais le Sahara et l’État marocain existaient bien avant cette date. Même l’Algérie qui soutient les séparatistes, n’est devenue un État qu’en 1962, après avoir été une colonie française. Or, au Maroc, la France a conservé sa souveraineté. Cette histoire souligne la continuité d’un État central et fort, légitime aux yeux des populations des tribus. Après l’indépendance, tous les habitants deviennent citoyens, et la monarchie demeure le garant de l’unité nationale, du peuple marocain et de l’intégrité du territoire.  

* N.D.L.R : un principe inscrit dans la charte des Nations unies selon lequel tout peuple a le droit de déterminer son propre gouvernement, indépendamment de toute contrainte étrangère. 

Le Sahara plus légitime que jamais à Dreux 

Trois-quarts de siècle d’histoire et de lutte pour un territoire que l’Espagne et la France s’étaient partagé d’un trait de plume en 1904, sans jamais y avoir mis les pieds, explique l’historien Rahal Boubrik : « Leur but était de fragmenter le régime chérifien ». L’Espagne, surtout, s’est longtemps entêtée à morceler le Sahara, le dictateur Franco allant jusqu’à tenir un discours paternaliste avec les « indigènes », sans respect pour l’identité des tribus. Mais les Sahraouis ont gardé la tête haute et le cœur au Maroc : « Dans chaque maison, chaque mosquée, il y avait des photos de Mohamed V et sa famille ». L’ONU est longtemps restée sourde mais Hassan II a permis de faire un grand pas avec La Marche Verte de 1975 puis Mohamed VI a poursuivi sur le même chemin « en décidant d’un incroyable effort de développement économique ». Le vote, le 31 octobre, de la résolution 2797 de l’ONU sort le Sahara et le Maroc de l’ornière diplomatique dans laquelle son histoire, ou plutôt celle que racontaient ses voisins, les avaient enlisés. Soutenue par la France, cette résolution, pour Pierre-Frédéric Billet, « est une légitimité historique, économique, et humaine. À Dreux, nous avons été critiqués par certains de nous rapprocher de Dakhla. Aujourd’hui, plus qu’hier et moins que demain, nous en sommes très fiers. La Ville de Dreux est une amie du Sahara parce qu’elle est une amie du Maroc »

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