Des fouilles menées sur une parcelle privée de la rue des Capucins ont permis la mise au jour de vestiges gallo-romains. Cette découverte antique constitue une avancée majeure dans la connaissance du passé de Dreux et renforce la valeur de son patrimoine historique.
Un terrain situé dans les jardins de l’ancien couvent des Capucins, en face de l’ancienne église Saint-Jean, détruite en 1796, a fait l’objet de fouilles préventives, à la suite d’un diagnostic réalisé en mars 2025 ayant mis en évidence le potentiel de la parcelle. Prescrite par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et confiée à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), cette opération précède la construction d’une habitation privée. Lancée le 12 janvier dernier, elle a porté sur une surface de 460 m², explorée à la pelle mécanique jusqu’à 1,70 m de profondeur, et permis la mise au jour d’un ensemble important d’objets datant de l’Antiquité. « Nous avons retiré un bon mètre de terre avant de trouver des vestiges gallo-romains. C’est une première pour Dreux, et la quantité était si importante que nous avons dû prolonger l’opération de deux semaines », explique Emilie Roux-Capron, responsable de recherche archéologique à l’Inrap. Parmi les vestiges figurent notamment deux fibules du Ier siècle avant J.-C. Ces petites agrafes métalliques utilisées pour maintenir les vêtements témoignent des pratiques quotidiennes des Gaulois et des premiers Romains. Des pièces de monnaie portant l’inscription Imperator Caesar ont également été découvertes. Une autre pièce, qui pourrait s’avérer être un potin, monnaie gauloise coulée, a déjà été acheminée vers le centre archéologique de l’Inrap pour analyse. « Nous savions que Dreux était une ville ancienne, car son nom initial Durocassio était inscrit sur une carte antique. Mais son emplacement exact restait inconnu. Grâce à ces fouilles, nous pouvons confirmer que Durocassio se trouvait au même endroit que le Dreux d’aujourd’hui », précise Emilie Roux-Capron.
L’étude stratigraphique du terrain a également mis en évidence des variations de couleur et de texture des sols, permettant d’identifier différents niveaux correspondant à des murs, ainsi qu’à des zones présentant de petits foyers ou des fours. Chaque couche a été soigneusement documentée par les archéologues à l’aide de relevés graphiques, de dessins, de photographies et de photogrammétrie, afin de restituer l’histoire complète du site. Les fouilles ont aussi permis de découvrir une cave antique attestant l’existence d’un espace d’habitation présentant des caractéristiques de construction atypiques. Contrairement aux maçonneries généralement observées pour cette période, cette structure associe terre et bois. De grandes poutres et des poteaux verticaux, maintenus par des planches et partiellement consolidés par des apports de pierre, ont été identifiés. Altérée par un incendie, la structure conserve toutefois des éléments visibles, offrant un rare aperçu des techniques de construction employées à l’époque. Par ailleurs, plusieurs fosses dépotoir ont révélé des scories et des culots de forge, signe probable d’une activité métallurgique sur le site. Ces indices laissent à penser qu’elle pouvait représenter un élément structurant de l’économie locale. La découverte concomitante de nombreux ossements d’animaux apporte également des informations sur le régime alimentaire des habitants.
Au-delà de l’Antiquité, les investigations ont également révélé des traces d’occupations plus tardives. Des vestiges de céramique datés des XIIIe et XIVe siècles ont ainsi été identifiés, tandis qu’un bâtiment médiéval a été détecté donnant des précisions sur l’organisation ancienne du quartier. De la céramique attribuable au début de l’époque moderne, a aussi été découverte, suggérant une occupation discontinue du site, possiblement marquée par des phases d’abandon. Depuis le 2 avril et la fin des fouilles, s’est ouvert une nouvelle phase, moins visible mais tout aussi essentielle pour reconstituer l’histoire du site. « Les vestiges vont être inventoriés avant d’être étudiés par différents spécialistes. La céramologue prendra en charge l’ensemble de la céramique pour trier les tessons selon leur type de pâte, réaliser les dessins des objets et affiner leur datation. Certains prélèvements seront aussi soumis à des analyses radiocarbone pour préciser certaines chronologies », affirme la responsable d’opération. L’Inrap prévoit également une étude dendrochronologique (analyse des cernes de bois annuels de croissance) des éléments trouvés dans la cave, ainsi qu’un examen des sédiments. Ces investigations permettront notamment de caractériser les traces métalliques laissées par les activités de forge et d’identifier, autant que possible, la nature des objets produits sur le site. Le rapport final est attendu d’ici deux ans.
Dans le cadre d’un partenariat entre l’Inrap et le musée d’Art et d’Histoire de Dreux, 170 écoliers et collégiens ont visité le chantier de fouilles début mars. L’occasion pour eux de découvrir concrètement le fonctionnement d’une opération archéologique et d’appréhender les différentes étapes du travail mené par les chercheurs. Cette visite pédagogique a également contribué à replacer l’histoire de la ville dans une temporalité plus large, en mettant en lumière les traces de son passé. Pour des raisons pratiques, il n’était pas possible d’accueillir le grand public sur ce terrain privé. Cependant, l’Inrap envisage d’organiser une conférence lors des Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre prochains, pour présenter aux Drouais le fruit de leurs recherches et ce qu’elles révèlent sur l’évolution du territoire.
Les photographies et les captations vidéo ont été réalisées avec le concours de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).