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« Poursuivons l’effort de restauration du patrimoine »

02 Févr 2026
Actualités, Patrimoine

Architecte en chef des monuments historiques, Régis Martin a publié un ouvrage nourri par quarante ans d’expériences. Il propose un dialogue entre gothique et classique et pose son regard sur le patrimoine de Dreux.  

Classique contre gothique, l’architecture contre-nature aux éditions l’Harmattan. Prix 31 €. 

Qu’est-ce qui vous a conduit à entreprendre l’écriture de Classique contre gothique, l’architecture contre-nature, et qu’avez-vous voulu partager au grand public ? 

Mon métier d’architecte en chef des Monuments historiques est fait de passion mais aussi de transmission. Il m’a semblé important de partager les observations que j’ai pu faire sur le patrimoine pendant 40 ans et les enseignements théoriques qu’on peut en tirer. La vision que je propose est celle d’un généraliste. Elle touche le bâti, bien entendu, mais aussi la peinture et la sculpture. J’ai voulu également donner quelques exemples qui se rattachent à l’Art contemporain. Je décris sous l’angle d’une confrontation entre le style Classique et le style Gothique, des principes qu’on ne trouve pas dans les travaux des historiens, mais que nous dévoilent les monuments eux-mêmes comme autant de livres ouverts. C’est une sorte de méthode de décodage que je propose et que chacun peut éprouver personnellement. On y découvre comment les bâtiments reflètent la pensée de leur temps. L’architecture classique apparait comme une conception humaniste et contre-nature, dominée par la théorie de la forme, tandis que l’architecture gothique est au contraire une imitation structurée, sincère et pragmatique de la nature. Cet ouvrage est dédié aux architectes mais il intéressera tous les curieux d’architecture. 

Le livre est illustré par vos aquarelles. Quel rôle le dessin occupe-t-il dans votre pratique d’architecte ? Est-ce une discipline que vous poursuivez également en dehors de votre métier ? 

Chez l’architecte, le dessin n’est pas un but, c’est un langage spontané et un moyen d’expression qui complète naturellement l’écrit. C’est pourquoi il est indispensable pour accompagner avec fluidité un raisonnement, un exemple, une explication. Un petit croquis vaut mieux qu’un long discours. J’ai donc illustré moi-même le texte par des dessins originaux en couleur, et spécifiques qui soutiennent et complètent le propos. Dans le projet et le chantier, le dessin est un compagnon quotidien, mais en voyage et en vacances c’est avant tout un plaisir et un moyen de compréhension. Contrairement à la photo qui nous échappe de plus en plus par profusion et facilité, le dessin est nécessairement analytique. On n’oublie jamais ce que l’on a dessiné. 

Dans votre réflexion sur le classique et le gothique, où situeriez-vous la ville de Dreux et ses principaux monuments ? 

La grande majorité des édifices du monde occidental est d’inspiration classique. La ville de Dreux n’échappe pas à cette règle. Mais la pureté de style n’existe pas et c’est la mixité qui est la plus intéressante à mes yeux. L’église Saint-Pierre est sans doute le bâtiment le plus composite et celui qui a été reconstruit le plus souvent, mais le beffroi, et la chapelle royale sont aussi des lieux où le classique se mélange harmonieusement et subtilement avec le gothique. 

Quel lien personnel ou professionnel entretenez-vous avec la cité durocasse et son patrimoine ? 

Mon lien avec Dreux est fort depuis plus de trente ans, d’abord parce que mes enfants y ont grandi, ensuite parce que nous y avons une jolie maison au bord de la Blaise et que je m’y sens bien. La municipalité a confié à notre agence plusieurs missions sur le patrimoine majeur du centre historique, et la fondation Saint-Louis nous fait également confiance pour prendre soin du domaine de la chapelle royale. Travailler dans un contexte si familier est un privilège, mais c’est aussi une responsabilité plus forte. On n’a pas le droit de se tromper… 

Comment évaluez-vous l’état actuel du patrimoine drouais ? Quels sont, selon vous, ses atouts ? 

Les monuments drouais ont un grand besoin de restauration en raison même de leur importance et de leur nombre. Nous avons réalisé plusieurs diagnostics et procédé aussi à des interventions d’urgence qui nous permettent d’avoir une assez bonne évaluation globale. Aujourd’hui la situation n’est plus critique parce que les choix prioritaires ont été faits. Mais il ne faut pas de pause dans l’effort de restauration. Distinguons le patrimoine public qui est sous une étroite vigilance et celui des particuliers qui est plus menacé et pourtant tellement précieux. Les façades urbaines sont l’écrin dans lequel sont mis en scène les monuments historiques. C’est un atout qui, pour être sauvegardé demande beaucoup d’attention et de pédagogie. Et puis, la ville est assise sur un trésor enfoui : les vestiges archéologiques d’un passé illustre et précoce qui se révèle un peu plus, à chaque fouille que les chantiers exigent. 

Vous êtes le maître d’œuvre du programme de restauration de l’église Saint-Pierre. Quels en sont les enjeux majeurs ? Quelles grandes phases sont prévues prochainement ? 

L’église Saint-Pierre entame un programme de travaux qui améliorera la sécurité de l’établissement recevant du public. L’installation électrique hors d’âge faisait planer un risque d’incendie. Sa normalisation sera le premier volet de l’opération. Une amélioration de la mise hors d’eau suivra, ainsi que les façades de la tour Nord et celles sur la rue de Sénarmont qui comportent une grande surface de vitraux anciens. Enfin, les maçonneries de la tour Sud dont le décor sculpté est fragilisé par son exposition, seront restaurées. Ce qui permettra d’ôter les filets de sécurité encore présents sur cette partie de l’église. 

D’autres projets de restauration sont-ils envisagés ou à l’étude sur le territoire drouais ? 

De nombreux Drouais s’interrogent sur l’éventualité d’un achèvement de la tour Sud de l’église Saint-Pierre qui ressemble plus à une ruine découpée sur le ciel, qu’à un monument vivant. Effectivement, depuis le XVIe siècle, cet ouvrage n’a jamais reçu de couronnement. Et c’est un motif de vulnérabilité des parties hautes offertes à l’érosion des intempéries. Personne ne sait comment cette tour aurait été terminée. Et on ne refait pas l’Histoire. Mais les exemples d’autres monuments coiffés tardivement pour mettre à l’abri leur sommet interrompu, sont courants sur le territoire proche (églises de Cherisy, Muzy, Illiers-Combray, Houdan, Louviers, etc.) Un concours d’architecture pour proposer une couverture contemporaine pourrait être lancé. Une première esquisse donne un aperçu des perspectives séduisantes qu’ouvrirait un tel projet. 

Esquisse du projet de couronnement de la tour Sud de l’église Saint-Pierre © Document non contractuel – Régis Martin. 

Enfin, une pépite se cache au cœur du centre-ville : l’hôtel de Montulé qui n’est à ce jour ni classé ni inscrit parmi les Monuments historiques. Les études en vue de sa restauration ont montré pourtant que la qualité de ce chef-d’œuvre de 1585 attribué à un membre de la dynastie des célèbres Métezeau, architectes drouais, pouvait rivaliser en qualité avec la chapelle de l’ancien Hôtel-Dieu. Sa mise en valeur sera une révélation et peut-être le signal d’un éveil de son ilot urbain tout entier. 

Esquisse du projet de restauration de l’hôtel Montulé © Document non contractuel – Régis Martin. 

Redonner tout son éclat à l’église Saint-Pierre 

Engagée depuis septembre 2025, la campagne de restauration des extérieurs de l’église Saint-Pierre mobilise un investissement de 4 millions d’euros pour une durée de travaux estimée à 47 mois. Le public peut découvrir les différentes phases de la rénovation à la Maison des Projets (beffroi), ouverte le mercredi de 14h à 18h, ainsi que les vendredi et samedi de 10h à 14h. 

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